Histoire du monument

1 - L’Abbaye de Saint-Denis

2 - Un monument royal

3 - Les gisants et tombeaux de Saint-Denis

4 - Des troubles révolutionnaires aux travaux de restauration du XIXe siècle

5 - Une architecture novatrice

6 - Quelques tombeaux incontournables

1 – L’Abbaye de Saint-Denis 

L'ancienne abbaye royale de Saint-Denis a illuminé des siècles durant l'histoire artistique, politique et spirituelle du monde franc.

L’église abbatiale a été dénommée « basilique » dès l’époque mérovingienne. Au XIIe siècle, dans ses ouvrages l'abbé de Saint-Denis, Suger, la qualifie encore de « basilica ». Ce qualificatif s’applique dès le IVe siècle aux églises dont le plan reprend celui des bâtiments civils romains à trois nefs, où l’on pratiquait le commerce et où l’on rendait la justice. Elles sont souvent édifiées à l’extérieur des villes et sur la tombe d’un saint. Elles sont le lieu d'un pèlerinage important et fréquemment à l’origine du développement d’un quartier ou d’un bourg, comme la ville de Saint-Denis qui se constitua autour de l'abbaye et de son potentiel économique.

Le titre de  basilique est aussi honorifique et donné à toutes formes d'églises, de toutes époques, siège d'un pèlerinage important. Seule la cathédrale est d'un rang supérieur. En 1966, la basilique est élevée au rang de cathédrale, nom dérivé de "cathedra ”, qui désigne le siège de l’évêque, chef du diocèse, qui s’y trouve. Une copie du trône de Dagobert, dont l'original se trouve au cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale, est actuellement utilisée par l’évêque comme siège épiscopal.

Le premier édifice s’élève sur la sépulture de saint Denis, un évêque missionnaire qui meurt sous le joug de l'autorité romaine dans la seconde partie du IIIe siècle. Le corps du saint attire autour de lui de nombreuses inhumations princières dès la fin du IVe siècle. Outre une crypte en partie carolingienne, vestige de l’édifice consacré en présence de Charlemagne en 775, la basilique conserve le témoignage de bâtiments déterminants pour l’évolution de l’architecture religieuse : la façade (1135-1140) et le chevet (1140-1144) œuvre de l'abbé Suger, qui constituent un véritable hymne à la lumière, un manifeste du nouvel art gothique naissant ; les autres parties de l'église actuelle édifiées au temps de Saint Louis de 1230 à 1280, témoignage de l'apogée de l'art gothique, dit rayonnant, dont le transept, d’une ampleur exceptionnelle, a permis d'accueillir les tombeaux royaux.

Lieu de mémoire, dès le haut Moyen Age, le monastère dionysien a su lier son destin à celui de la royauté s’affirmant peu à peu comme le tombeau privilégié des dynasties royales à la faveur du culte de saint Denis. Quarante-deux rois, trente-deux reines, soixante-trois princes et princesses, dix grands du royaume y reposèrent. Avec plus de soixante-dix gisants et tombeaux monumentaux, la nécropole royale de la basilique s’impose aujourd’hui comme le plus important ensemble de sculpture funéraire du XIIe au XVIe siècle en Europe.

Mais la basilique de Saint-Denis n'est pas dès l’origine de la royauté franque le “ cimetière aux rois ”, comme l’avait qualifié un chroniqueur du XIIIe siècle. Jusqu’au Xe siècle, l’abbaye a été en âpre concurrence avec de nombreuses autres nécropoles, notamment avec Saint-Germain-des-Prés. Lors de l’avènement des Capétiens en 987, son rôle de nécropole royale s’affirme peu à peu et la plupart des souverains y reposent jusqu’au XIXe siècle ; même si pour des raisons politiques, religieuses ou personnelles, quelques rois comme Philippe Ier en 1108, Louis VII en 1180, Louis XI en 1483, Charles X en 1836 et Louis-Philippe en 1850 seront inhumés dans d’autres lieux. Louis XVIII, mort en 1824, est le dernier roi à reposer dans la basilique.

Les souverains francs ont toujours été au cours de l’histoire en quête de légitimité, ce qui explique pour partie leur volonté de reposer auprès des reliques de saint Denis, Rustique et Eleuthère, (tous trois ayant été martyrisés ensemble). Par l’intermédiaire de leurs puissances, le roi pense acquérir pendant sa vie pouvoir et protection, notamment pour ses batailles, et pour accéder directement au Paradis.

Le cri de ralliement des chevaliers sur les champs de bataille au XIIe et XIIIe siècle, « Montjoie saint Denis ! », inscrit sur la bannière de couleur écarlate parsemée de flammes d’or de la fameuse oriflamme de Saint-Denis, devint la devise du royaume de France, qui se place ainsi sous la protection du saint titulaire du royaume, saint Denis. Cet étendard est une belle image de l’union personnelle entre l’abbaye, le saint patron et le roi. Cette enseigne est systématiquement levée en temps de guerre par les souverains qui viennent la recueillir des mains de l’abbé sur l’autel des saints martyrs. Elle est un des objets majeurs de l’épopée médiévale autour duquel se forme un premier sentiment national. Une copie de 1913, peu conforme à l'original, subsiste dans la basilique.

La guerre de Cent Ans, les guerres de Religion, les troubles politiques contribuent au déclin de l’abbaye royale de Saint-Denis bien avant que la Révolution ne le précipite. En 1793, les révolutionnaires s’attaquent aux symboles de la monarchie, mais la basilique échappe à la destruction totale. En 1806, Napoléon Ier ordonne la restauration du bâtiment. Puis Louis XVIII restitue à l’abbatiale son rôle de nécropole. Les travaux de restauration se poursuivent tout au long du XIXe siècle et sont dirigés notamment par les architectes François Debret puis Eugène Viollet-le-Duc à partir de 1846.

 

2 – Un monument royal

Les inhumations avant le XIIIe siècle

La riche et très influente noble parisienne, sainte Geneviève, témoigne d'une dévotion toute particulière à saint Denis. Elle fit sans doute agrandir ou construire en 475 un bâtiment autour de la tombe de saint Denis. Le développement d’une vaste nécropole, qui s'étend bien au-delà de l'église, entraîne au VIe et VIIe siècle, un agrandissement de l'église.

De nombreux personnages de haut rang, essentiellement des femmes, sont alors inhumés « ad sanctos » au plus près du saint. La découverte, en 1959, du sarcophage de la reine Arégonde, belle-fille de Clovis, morte vers 580, indique la puissance d’attraction du sanctuaire dès cette haute époque. Les bijoux associés à sa sépulture sont conservés au musée d'archéologie nationale du Domaine de Saint-Germain-en-Laye.

Cinquante ans plus tard, en 639, le roi Dagobert est le premier roi franc à trouver sépulture dans la basilique de Saint-Denis. Quelques Mérovingiens et Carolingiens y furent inhumés comme Charles Martel, Pépin le Brefou l'empereur Charles le Chauve.

Dagobert s’illustra par de généreuses donations à l’abbaye et créa, selon la tradition légendaire, la foire de Saint-Denis organisée chaque mois d’octobre, source de grandes richesses pour le monastère.

Charles Martel meurt en 741. Celui qui n’est que le maire du Palais, s’assure une inhumation prestigieuse, en face du grand roi Dagobert. Il fait ainsi accéder sa famille, les Pippinides, futurs Carolingiens, au rang des plus grands. Son gisant réalisé au XIIIe siècle le montre couronné car les Capétiens reconnaissaient en lui l’ancêtre de la grande dynastie carolingienne.

Pépin le Bref, fils de Charles Martel, reçoit l’onction du pape Etienne II à Saint-Denis, en juillet 754, scellant ainsi l’alliance entre les rois francs et la Papauté. C'est le premier souverain franc sacré, image de Dieu sur terre à l'image du roi David. A cette occasion, on fait reconstruire l’église à la manière des édifices romains de type basilique. Dotée d’un plafond de bois, de dizaines de colonnes de marbre et décorée de milliers de lampes à huiles, on y associa, pour la première fois, une crypte qui abrita, jusqu’au XIIe siècle, les reliques de saint Denis. Quelques vestiges de ce martyrium à la mode romaine, décoré de peintures imitant le marbre, sont encore en place.

 

La commande dite de Saint Louis

Louis IX (Saint Louis), canonisé en 1297, est qualifié de « surhomme » par le pape. Ce roi à la foi ardente, est tout particulièrement attaché à Saint-Denis. Il n’aura de cesse de renforcer le caractère de nécropole royale de la basilique. La commande dite de Saint Louis vers 1265 d'une série de seize gisants constitue le plus grand programme funéraire du Moyen Âge européen. Il subsiste aujourd’hui quatorze de ces sculptures originales. Elles sont placées dans les deux bras du transept, quasiment à leur emplacement ancien attesté par des gravures du XVIIIe siècle.

Les gisants médiévaux, de la commande dite de Saint Louis, sont conçus sur le modèle des statues-colonnes qui décorent les portails d’église. En ce XIIIe siècle, elles figurent parmi les premières sculptures funéraires réalisées pour l’abbaye de Saint-Denis. Auparavant, seules des dalles de pierre gravées, disposées sur le sol près du maître-autel, marquaient l’emplacement des sépultures royales. La réorganisation de la nécropole, lancée par le pouvoir capétien, entraîna la découverte et la translation des restes des seize souverains, inhumés entre le VIIe et le XIIe siècle. Leurs ossements furent alors déposés dans des coffrets au-dessus desquels on installa seize gisants au visage idéalisé, expression majestueuse de la fonction royale. Le mode de représentation de ces sculptures est relativement uniforme. Les souverains portent couronne et sceptre. Ces gisants, qui étaient peints à l'origine de couleurs vives, sont vêtus à la mode du XIIIe siècle. Ils ne sont pas figurés morts; ils ont les yeux ouverts sur la lumière éternelle. Ils affirment la croyance en la Résurrection. Ils sont tournés vers l’Est, vers le soleil levant, image du Christ dont ils attendent le retour.

Mais l’aménagement voulu par le pouvoir capétien était aussi politique. À travers cette mise en scène grandiose, Louis IX élabore le mythe de la continuité monarchique entre Mérovingiens, Carolingiens et Capétiens et ambitionne de rattacher sa famille à la plus impressionnante figure de l’idéologie monarchique médiévale, Charlemagne.

Les inscriptions gravées sur les nouvelles tombes identifient les rois et reines et clarifient les généalogies. Au Moyen-Age, au centre de la croisée du transept, les tombes en argent doré de Louis VIII et de Philippe Auguste, le grand-père de Saint Louis, vainqueur de Bouvines en 1214, ont les places d’honneur. La tombe centrale du programme est celle de Louis VIII, le père de Louis IX. En effet, selon le dominicain Vincent de Beauvais, un proche de Saint Louis, le sang mêlé des Carolingiens et Capétiens coulait dans les veines de Louis VIII car sa mère, Isabelle de Hainaut, était d'ascendance carolingienne. Il symbolise ainsi dans la famille capétienne « le retour sur le trône à la race de Charlemagne ». En effet, saint Valéry, au XIe siècle, avait prophétisé que le royaume capétien ne pourrait se maintenir que jusqu'au septième roi, qui est justement Philippe Auguste, père de Louis VIII.

Cet ensemble est complété, vers 1280, par l'érection d'un somptueux tombeau d'orfèvrerie en l'honneur de Saint Louis, « le plus beau tombeau du monde » selon son chroniqueur, Guillaume de Nangis. Il fut détruit, ainsi que les autres tombes d'orfèvrerie, pendant la guerre de Cent Ans.

Ainsi l’accomplissement de ce programme sculpté assure-t-il à Saint Denis le titre de nécropole royale, auquel ses abbés aspiraient depuis longtemps et offre à la dynastie capétienne une légitimité et un prestige qui lui faisait jusqu'alors défaut.

 

La fierté capétienne

Ce prestige est aussi diffusé par le livre. La bibliothèque du monastère, à la fin du Moyen Âge, est la plus importante du royaume. Le rôle de l'abbaye est de conserver, fixer et diffuser la mémoire de la dynastie régnante. A la demande de Saint Louis, le moine Primat traduit, pour la première fois en langue française, un énorme ensemble de textes, première esquisse d’une histoire de France. Ce recueil des chroniques officielles du royaume se développera jusqu'au XVe siècle, sous le nom de Grandes Chroniques de France. Par l’élaboration de textes favorables à la monarchie, comme par la réalisation d’image sculptée des rois, la dynastie capétienne associe les lointaines origines du royaume franc à celles de sa famille.

 

3- Les gisants et tombeaux de Saint-Denis

Le gisant est une sculpture représentant un personnage allongé. Le mot « gisant » vient de gésir « être allongé ». Plus de soixante-dix gisants sont conservés à Saint-Denis dont certains proviennent d'églises détruites. Outre les quatorze gisants de la commande de Saint-Louis, on trouve à Saint-Denis des tombeaux de Capétiens : Philippe III le Hardi, Isabelle d’Aragon, Philippe IV le Bel, Louis X le Hutin, Jean Ier le roi enfant ; de Valois : Philippe VI de Valois, Jean II le Bon, Charles V, Charles VI, Isabeau de Bavière ; de rois, reines, princes ou princesses provenant d’autres lieux : Clovis, Childebert, Frédégonde, Charles d’Anjou, les ducs d’Orléans, mais aussi des tombeaux de serviteurs de la monarchie : Du Guesclin, Louis de Sancerre. Alors que les gisants du XIIIe siècle sont quelques peu hiératiques, les gisants de Philippe III le Hardi, de Philippe IV le Bel et surtout celui d’Isabelle d’Aragon, belle-fille de Philippe III le Hardi, développent une image plus réaliste qui, peu à peu s’imposera.

Aux pieds des gisants, le plus souvent ceux de femme, des chiens symbolisent la fidélité. Mais cette fidélité représente plutôt celle du chien-guide de l'âme du défunt dans les royaumes souterrains de la mort. Le lion, souvent aux pieds des hommes, représente la puissance, la force, mais aussi la Résurrection, car une légende assurait que le lionceau n’ouvrait les yeux que trois jours après sa naissance.

Au Moyen-Âge, on sculptait généralement trois gisants pour les souverains: un gisant d’entrailles, un gisant de cœur et un gisant de corps. Le roi était ainsi honoré par trois tombeaux. Cette multiplication des sépultures résulte des difficultés de conservation des corps lors de leur transport. Après le décès, on ouvre le ventre du défunt et on en retire les viscères. Puis on procède à l’ablation du cœur. On identifie un gisant de cœur par la présence d'un petit cœur sculpté dans la main gauche du personnage et un gisant d’entrailles par la présence d’un petit sac dans la main du personnage. A Saint-Denis, se trouvaient les gisants les plus nobles, les gisants de corps.

Les techniques de conservation des corps étaient rudimentaires au Moyen Âge. Pendant le transport, on le recouvrait de sel, d’aromates et de vin qui jouait alors un rôle d’antiseptique. Plus surprenante fut la coutume, notamment utilisée pour Saint Louis, qui consistait à faire bouillir le corps afin de séparer les chairs et les os. Lorsque le souverain mourut de la dysenterie à Carthage, les chairs du saint roi furent enterrées à la cathédrale de Monreale, en Sicile et les ossements transportés à Saint-Denis. Du col de la Chapelle, située au Nord de Paris, jusqu’à l’abbaye royale, Philippe III le Hardi transporta sur ses épaules les cendres de son père ; un parcours qui sera plus tard jalonné de sept stations de pèlerinages identifiées par des croix et des sculptures royales, les Montjoies.

Les trois tombeaux à deux étages de Louis XII, François Ier et Catherine de Médicis sont construits selon le même modèle : à l'étage inférieur, les corps des souverains, présentés nus et sans vie, les « transis »; à l'étage supérieur, les mêmes personnages agenouillés, en prières, en quête du Paradis.

C'est probablement de la cérémonie des funérailles que naît l'invention des monuments de style Renaissance à deux étages. A la mort du souverain, on réalise, de Charles VI à Henri IV, une effigie funéraire du roi avec un visage en cire à qui l'on donne, plusieurs fois par jour, des repas solennels. Disposé sur un lit de parade, ce mannequin représente la permanence de la monarchie. Le jour de l'inhumation, le cercueil est placé à l'intérieur d'un catafalque et l'effigie sur une autre plateforme. Le tombeau de François Ier, célèbre le roi chevalier, vainqueur à Marignan en 1515, alors que Catherine de Médicis, célèbre des thèmes religieux et catholiques, et illustre la sensibilité maniériste italienne.

 

Avant la Révolution, tous les corps royaux des souverains médiévaux et de la Renaissance étaient inhumés directement sous les monuments sculptés. Par manque de place, dès Henri IV, les Bourbons furent inhumés dans la partie centrale de la crypte peu à peu aménagée en un caveau qui devint celui des Bourbons. Ces souverains reposaient dans de simples cercueils de plomb entourés de bois.

 

4 - Des troubles révolutionnaires aux travaux de restauration du XIXe siècle

En 1792, l’abbaye est supprimée. En 1793, à la suite de la mort de Louis XVI, le député Barère demande à la Convention la destruction, notamment à Saint-Denis, “ des monuments de la féodalité et de la royauté”. La Révolution s’attaque ainsi à la puissance symbolique des objets de l’Ancien Régime. La France, en guerre contre toutes les nations européennes pour la défense de la République, a besoin de métaux pour fabriquer des armes. C’est pourquoi le toit en plomb de la basilique est fondu, ainsi que plusieurs plaques et tombeaux en métal. A Saint-Denis, ce n’est pas le peuple en fureur qui détruit, mais la Convention qui paye, en août 1793, un entrepreneur et des ouvriers pour démonter les tombeaux et en détruire certains. Mais plus de 80% des tombeaux sont conservés grâce à l'action volontaire de la Commission des monuments, de Dom Germain Poirier, un ancien bénédictin de Saint-Denis et à la pugnacité d'Alexandre Lenoir qui ouvre dès 1795 à Paris « le musée des monuments français » afin d'y présenter de nombreuses sculptures funéraires provenant de la basilique.

A l’automne 1793, les dépouilles royales, exhumées des tombeaux de la basilique, sont jetées, mêlées à de la chaux, dans deux fosses communes creusées dans le cimetière au Nord de l’abbatiale, l’actuel jardin Pierre de Montreuil. Des ouvriers, armés de pioches et de leviers, sont ouvert les cercueils. Un procès-verbal d’exhumation des corps est dressé par Dom Poirier, qui est un témoin scrupuleux de ces journées. La première dépouille exhumée est celle d’Henri IV. Le vert-galant est si bien conservé, momifié naturellement, qu’on l’expose, deux jours durant, contre un pilier de la crypte. Louis XIV est noir comme de l’encre, conséquence sans doute du développement de la gangrène, cause de sa mort. Louis XV, soigneusement enveloppé dans des linges et des bandelettes, paraît en bon état. Mais dès qu’on le soulève, le corps tout entier tombe « en putréfaction liquide ». Aujourd’hui, plus aucun des tombeaux sculptés ne contient d’ossements.

À la suite de ces événements, l’abbatiale devient un entrepôt. Chateaubriand, dans le Génie du Christianisme, décrit cette ruine: «  Saint-Denis est désert. L’oiseau l’a pris pour passage, l'herbe croît sur ses autels brisés et on n'entend plus que les gouttes qui tombent par son toit découvert ». Le souhait, non réalisé, de Napoléon Ier de se faire enterrer dans la basilique et d'y installer la sépulture des Empereurs conduit, à partir de 1806, à la restauration du monument. Il réintroduit l’exercice du culte en 1802.

En 1814, Louis XVIII monte sur le trône. Le roi n’a alors de cesse de redonner à la basilique son caractère de nécropole royale. Il ordonne tout d’abord la recherche, dans le cimetière jouxtant la basilique, des cendres des rois que la Révolution avait exhumées de leurs tombeaux. Au bout d’une semaine d’efforts, plusieurs ossements royaux sont découverts et installés dans un ossuaire, encore en place dans la crypte aujourd’hui.

Le 21 janvier 1815, date anniversaire de la mort de Louis XVI, il décide de transférer, en grande pompe, du cimetière de la Madeleine (actuelle chapelle Expiatoire) vers Saint-Denis, les cendres du souverain guillotiné et de Marie-Antoinette. Il fait aussi ramener les dépouilles de Louis VII et de Louise de Lorraine, l'épouse d’Henri III. Les six dalles de la crypte en marbre noir, réalisées en 1975, sont comme un souvenir de cette translation. L’une d’entre elles, sans inscription, était destinée à recevoir le corps de Charles X, frère de Louis XVI et de Louis XVIII, mort en exil en 1836 à Görz (Autriche). Son corps est aujourd'hui conservé dans le couvent franciscain de Kostanjevica (Nova Gorica) en Slovénie. Il fut souvent question du retour de ses cendres, mais le projet n’aboutit pas.

Tout au long du XIXe siècle, la basilique est le théâtre de nombreuses expérimentations en matière de restauration. C'est sans doute le premier grand laboratoire de la restauration d'un monument historique. En guise de nettoyage de la pierre, on gratta parfois les parements, jusqu’à retirer dix centimètres d’épaisseur de mur. On voit, aujourd’hui encore, notamment sur les parements extérieurs nord de nombreux témoins de ces restaurations.

Les gisants sont installés chronologiquement dans la crypte de 1816 à 1847 environ, puis ils retrouvent par la volonté d'Eugène Viollet-le-Duc globalement leur emplacement initial. Napoléon Ier, qui n’appréciait pas les différences de niveau entre le chevet et la nef, décida de faire rehausser le sol de celle-ci de plusieurs mètres, ce qui illustre les travaux considérables qui eurent lieu dans la basilique au XIXe siècle. En 1875, la visite des tombeaux royaux est ouverte au public moyennant un droit d'entrée.

En 1837, la foudre frappa la flèche de la tour Nord qui s’élevait à 86 mètres. Rapidement reconstruite par l’architecte François Debret, elle fut entièrement déposée par Viollet-le-Duc en 1847. On débat encore aujourd'hui pour savoir s'il s'agissait d'éviter des désordres plus conséquents dans les maçonneries ou bien trouver argument pour la reconstruction de la façade. Viollet-le-Duc fit un projet qui ne trouva pas validation.

La façade fut transformée dès le XVIIIe siècle (on retira les statues colonnes et le saint Denis du trumeau) et en 1840 par François Debret, ce qui concouru à transformer sensiblement, jusqu’à nos jours, l’image même de la façade du bâtiment.

 

De 2012 à 2015, la façade de la cathédrale est restaurée par la Direction régionale des affaires culturelles d'Ile de France sous la direction de Jacques Moulin, architecte en chef des monuments historiques.

   

    

5 – Une architecture novatrice

La construction de la basilique s’organise, au cours des siècles, autour de la tombe de saint Denis. Les différentes architectures élevées en ces lieux du Ve siècle au XIIIe siècle, l’église carolingienne, la basilique de Suger et l’immense vaisseau de Saint Louis sont toutes considérées comme des chefs-d’œuvre novateurs en leur temps.

Saint Denis et la crypte archéologique

Le rayonnement spirituel de saint Denis contribuera grandement à la puissance temporelle de l’abbaye. La vie de Denis, considéré dans plusieurs écrits comme le premier évêque de Paris, sans doute plutôt un évêque missionnaire, tué par l'autorité romaine vers 280, nous est surtout connue par une série de Passion écrites à l’ombre de son tombeau, du Ve au XIVe siècle. Ce lieu de pèlerinage attire, dès le Ve siècle, la dévotion des différentes dynasties royales. Au IXe siècle, soit 600 ans après la mort du saint, l’abbé de Saint-Denis, Hilduin, fixe ce que l'on peut appeler la légende de saint Denis. Selon ce récit, il est décapité sur la butte Montmartre, le mont des martyrs, d’où il portera sa tête dans ses mains jusqu’à l’actuel emplacement de la Basilique. Ce texte contribuera à décupler le prestige de l’abbaye dionysienne. L’épisode de la céphalophorie contribue notamment à l’édification spirituelle des chrétiens par le sens pastoral qu'il peut revêtir.

La riche et très influente noble parisienne, sainte Geneviève, très attachée à saint Denis, fait sans doute construire en 475, sans qu’on puisse l’affirmer, un premier bâtiment de 20m de long sur 9m de large, dont il subsiste aujourd’hui quelques murs de fondation. La volonté de nombreux aristocrates de se faire inhumer auprès de saint Denis entraîne l’agrandissement, au VIe et VIIe siècles, de la basilique.

Au VIIIe siècle, à l’occasion de son sacre, Pépin le Bref décide la reconstruction de l’édifice à la manière des édifices romains de type basilique. On peut voir aujourd’hui, dans l’immense crypte archéologique, riche de l’histoire la plus ancienne de Saint-Denis, une fosse qui conserve le souvenir de l’emplacement de la tombe et des reliques de saint Denis et de ses deux compagnons de martyr, installés à cet endroit jusqu’au XIIe siècle. Cette fosse est le centre de tous les édifices construits, de la première chapelle, du IVe ou Ve siècle, jusqu’à l’abbatiale du XIIIe siècle.

Les amoureux de l’art roman trouveront aussi, dans la crypte, un des rares témoignages de cet art en Ile-de-France. Cet espace, très restauré au cours des XIXe et XXe siècle, conserve néanmoins plusieurs chapiteaux historiés du XIIe siècle, notamment dédiés à la vie de saint Benoît, et des chapiteaux à décor de feuillages. La massivité de cet espace a servi de point d’appui au nouveau chevet supérieur que le célèbre abbé de Saint-Denis, Suger, crée dès 1140.

 

L’abbé Suger, aux origines de l’art gothique

Cet homme "petit de corps et de famille, poussé par sa double petitesse, refusa dans sa petitesse d'être petit". Cette épitaphe traduit les origines supposées modestes du prélat qui font encore débat. Suger (1081-1151), né près de Saint-Denis devient ainsi oblat à l’âge de dix ans. Prévôt, puis abbé de Saint-Denis, voyageur infatigable, il entretient une relation privilégiée avec le pape, les évêques et les rois, dont il fut conseiller auprès de Louis VI et de Louis VII. Diplomate, régent de France pendant deux ans à la fin de sa vie, il meurt à Saint-Denis à l’âge, respectable en ces temps, de 70 ans. Cet homme d’exception, excellent administrateur, chroniqueur méticuleux de son œuvre, fera de Saint-Denis l’une des plus puissantes abbayes du royaume, enrichie par les dons royaux.

Suger est l’un des personnages centraux de l’abbaye de Saint-Denis. Dès 1135, il se consacre à la reconstruction du vieil édifice carolingien. Il édifie de 1140 à 1144, « en trois ans, trois mois, trois jours » nous dit-il, un nouveau chevet lumineux. Cette nouvelle architecture prestigieuse est l’image du royaume capétien en pleine expansion. Issue de la synthèse d’expériences techniques européennes, elle est liée à une conception théologique de la lumière qui s'inspire des textes mystiques du Pseudo-Denys, l'une des bases de l'enseignement de l'époque. Par sa vision architecturale novatrice, il consacre la naissance en Ile-de-France, de ce que les détracteurs italiens de la Renaissance appelleront, avec mépris l’art gothique.

Ce nouveau chevet lumineux est plus adapté à la présentation des reliques des saints vénérées par des pèlerins de plus en plus nombreux. En effet, l’exiguïté de la crypte carolingienne, où se trouvaient les reliques, entraînait de graves difficultés lors des pèlerinages. La foule était si dense que, selon Suger, des femmes oppressées s’évanouissaient ou mourraient en poussant des cris épouvantables.

Par ailleurs, l’originalité architecturale de ce chevet, dont les parties hautes ont été reconstruites au XIIIe siècle, réside dans l’utilisation d’une forêt de colonnes monolithes, supportant une des premières voûtes sur croisée d’ogives parfaitement maîtrisée. Cet espace est à l’image d’une immense châsse-reliquaire inondée de lumière colorée abritant les reliques du saint. L’absence de murs entre les chapelles et le doublement de la surface vitrée dans chacun de ces espaces de prière, crée un mur exceptionnel de lumière continue.

Ce chevet est consacré le 11 juin 1144 lors d’une procession conduite par le roi Louis VII et la reine Aliénor d’Aquitaine. Une vingtaine d'évêques, de nombreux abbés et le légat du pape transportent, de l’étroite et sombre crypte carolingienne vers le nouveau chevet, les trois reliquaires en argent des saints Martyrs. Disposées dans un somptueux autel, aujourd’hui disparu, ruisselant d’or et d’argent, les reliques sont désormais en pleine lumière et visibles par tous, de toutes les parties de l’église. Aujourd’hui encore, l’autel du XIXe siècle abrite trois reliquaires contenant des ossements.

 

La parure de l’église : les vitraux.

Des vitraux du XIIe siècle, il ne subsiste à Saint-Denis que cinq verrières et quelques éléments démontés, en 1997, en vue de leur restauration. Ils sont actuellement remplacés par des films photographiques. Dès le XIIe siècle, fait rarissime, un maître verrier est attaché à l'entretien des vitraux. C’est dire toute l’importance que Suger attachait à ces murs de lumière.

Les sujets traités sont riches, complexes, essentiellement destinés aux moines érudits. Les grands thèmes de la façade occidentale du XIIe siècle, qui commente l’Ancien Testament comme préfiguration du Nouveau Testament, trouvent leurs aboutissements dans la verrière de la vie de Moïse et dans celle que Suger nomme verrière anagogique, c’est-à-dire "qui conduit vers le haut".

La chapelle axiale abrite le thème de l'arbre de Jessé, célèbre tout au long du Moyen-Âge, qui est pour la première fois présenté dans un édifice. Cette généalogie simplifiée de Jésus représente celle qui ouvre l’évangile de saint Mathieu. Mais pour Suger, c’est aussi une image idéale de la royauté. Présenté par Richelieu comme le premier grand serviteur de la monarchie, l’abbé Suger contribue à enraciner l’idée que le roi capétien, nouvelle image du Christ sur terre, ne peut être le vassal de personne, sinon du bienheureux Denis.

Les vitraux des parties hautes de l’édifice sont des créations du XIXe siècle, commandés par les architectes Debret et Viollet-le-Duc. Les verrières médiévales des fenêtres hautes ont été détruites pendant la Révolution pour récupérer le plomb.Dans les parties hautes du chœur, les vitraux racontent la légende de saint Denis et plusieurs épisodes de l'histoire de la Basilique. Dans la nef, la longue galerie de rois et de reines débouche sur deux immenses roses. La rose Sud est une structure de pierre de plus de 14 m de diamètre, qui aurait servi de modèle à celle de Notre-Dame de Paris. Cette roue de lumière montre autour de la figure centrale du Dieu bénissant, des anges, les douze signes du zodiaque représentant la course du soleil et vingt-quatre travaux agricoles réalisés au cours de l’année.

Le verre coloré, denrée très rare au Moyen-Âge, est magnifié. Saint Bernard le compare à Marie. La lumière le traverse, sans le détruire, à l’image de la Vierge donnant la vie à Jésus en restant pure. Cette comparaison montre tout l’intérêt porté au vitrail. Son rôle d’enseignement théologique, destiné à une population souvent illettrée, se conjugue avec l’émerveillement spirituel créé par des milliers de petits morceaux de lumières colorées. L’ensemble des vitraux concourt à donner à l'édifice l'image d'une cité fabuleuse qui l'assimile à la Jérusalem céleste.

 

L’architecture gothique rayonnante

Dès 1231, Saint Louis participe financièrement à la reconstruction de l’abbatiale, œuvre majeure de l’art gothique du XIIIe siècle. Terminés en 1281, les travaux auront duré moins de cinquante ans, signe de l’immense richesse de l’abbaye. Pierre de Montreuil, un des principaux architectes du temps, maître d’œuvre d’une partie de Notre-Dame de Paris, du réfectoire de Saint-Germain-des-Prés, a peut-être participé à ce grand chantier du siècle, mais son intervention fait encore débat.

L’impression de hauteur est très forte dans la basilique. Les maîtres d'œuvres utilisèrent notamment des piliers formés par plusieurs colonnettes engagées, chacune correspondant aux nervures des différents arcs des voûtes. Ce système entraîne inconsciemment l’œil du visiteur de la base de la colonne à la naissance de la voûte. Ainsi les 28 mètres de hauteur sous voûte en paraissent beaucoup plus. L'architecture gothique, on disait alors « l'art français », atteint son apogée en ce siècle. L'ampleur des bâtiments résulte de l'évolution rapide des techniques de construction, de l’utilisation des arcs-boutants et du système d’organisation des chantiers. La recherche de l’élévation maximale se conjugue au XIIIe siècle avec la volonté d’évider le bâtiment jusqu’à ce qu’il devienne un écrin de lumière.

 

Le trésor et les regalia.

Le trésor de la basilique, ensemble hétéroclite d’objets destinés au culte et d’objets de collections légués par les abbés fortunés ou les rois, était l'un des plus importants du Moyen-Âge.

Pour Suger, le trésor est la parure de l’église. Il est un moyen d’accès privilégié  à la divinité par la transformation qu’opère la beauté sur les âmes. L’amour de Suger pour le beau, les pierres précieuses, l’or et l’antique le conduit à enrichir considérablement ce trésor. A l’entrée du chœur actuel, se trouvait une croix de près de sept mètres de hauteur sur laquelle était disposé un Christ en argent doré. Lors des cérémonies, les chapelles, aujourd’hui décorées de retables du XIIIe siècle, étaient parées de reliques et d’objets liturgiques précieux, comme le vase d’Aliénor d'Aquitaine, l’aigle de Suger ou la baignoire en porphyre de Charles le Chauve, conservés au musée du Louvre. Mais ces objets liturgiques étaient aussi des réserves monétaires. Ainsi au XIVe siècle, un abbé de Saint-Denis n’hésita pas à faire fondre un saint Jean en or afin de payer les services du boucher de l’abbaye.

 Les “ regalia ”, c’est-à-dire les symboles du pouvoir royal utilisés pour les sacres des rois, les couronnes, les sceptres ou les mains de justice, étaient aussi déposés dans le trésor de l’abbaye.

Plusieurs pièces exceptionnelles de ce trésor, en partie fondues en 1793 et sous Napoléon, sont aujourd’hui conservées au musée du Louvre, au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale et dans des musées étrangers. Au XIXe siècle, Louis XVIII commanda de nouveaux objets pour servir d’insignes de la royauté lors des cérémonies funèbres. Ils sont exposés dans une chapelle de la basilique.

Cette présentation n'est qu'une première approche de l'histoire du monument, qui du fait de son importance considérable dans l'histoire européenne, a fait l'objet d'une immense bibliographie. Vous trouverez sur ce site quelques ouvrages de synthèse aux éditions du patrimoine.

 

6 – Quelques tombeaux incontournables 

Le tombeau de Dagobert

Premier roi à être enterré en 639 à la basilique, considéré comme le fondateur de l’abbaye, les moines lui rendirent hommage au XIIIe siècle en réalisant un tombeau de dimension exceptionnelle, aujourd’hui situé dans le sanctuaire à son emplacement d’origine. Son gisant, couché sur le flanc gauche, regarde vers l'emplacement de la sépulture primitive de saint Denis. Les trois registres sculptés du tombeau représentent le récit de la vision de l’ermite Jean. L’âme du roi, figurée comme un enfant nu et couronné, est emportée en enfer à cause de sa fâcheuse pratique de disposer à son gré des biens de certaines églises. Puis au registre supérieur, saint Denis, saint Martin et saint Maurice arrachent aux mains des démons l’âme qui, délivrée, est présentée au ciel et accède au Paradis. Cette vision exprime le rôle de protecteur que remplissent saint Denis et l'abbaye pour la monarchie capétienne.

 

Le gisant d’Isabelle d’Aragon, épouse de Philippe III le Hardi

Isabelle mourut au retour de croisade, au passage d’un gué, alors qu’elle était enceinte. Ce tombeau inaugure, à la fin du XIIIe siècle, une formule qui sera à l’honneur tout au long du XIVe siècle. Son tombeau est réaliste par les plis des vêtements qui s’animent. Le marbre blanc, jadis rehaussé de couleurs, est placé sur un soubassement de marbre noir sur lequel est gravée une épitaphe rimée en français. Cette dalle est la seule conservée à la Révolution du fait de son inscription profane.

 

Le gisant de Charles V

A l’âge de vingt-sept ans, le roi Charles V surnommé le sage, grand mécène, commande son gisant à André Beauneveu, un des plus célèbres sculpteurs de l’époque. C'est sans nul doute le premier portrait officiel de l’histoire de la sculpture funéraire. Ce gisant constitue un des chefs-d’œuvre de la sculpture médiévale.

 

Le tombeau de Louis XII

Le mausolée de Louis XII et d’Anne de Bretagne, sculpté en marbre de Carrare, a été réalisé par des artistes italiens. Il est le témoin des contacts établis entre artistes pendant les guerres d’Italie. Ce petit temple à l’antique est entouré des douze Apôtres et des quatre vertus cardinales, Prudence, Force, Justice et Tempérance et le soubassement est orné de bas-reliefs qui illustrent plusieurs épisodes victorieux des guerres d’Italie.

A l'intérieur du mausolée, le couple royal est représenté en «  transi » et figé dans la mort. On a fait figurer sur leurs abdomens, par souci de réalisme, l’ouverture recousue nécessaire à l’éviscération. Sur la plate-forme supérieure, les souverains agenouillés prient pour la vie à venir. Cette double image du corps des souverains propose aux chrétiens une méditation sur la mort et la Résurrection.

 

Le tombeau de François 1er et de Claude de France

Le tombeau de François Ier, de sa femme Claude de France et de trois de leurs enfants fut installé en 1558, environ dix ans après la mort du roi. La volonté d’Henri II, fils du défunt et commanditaire du projet, était d’assurer la mémoire posthume du roi chef d’armée et chevalier, en exaltant la célèbre bataille de Marignan dont il fut le vainqueur à l’âge de 20 ans. Ce qui est frappant, c’est l’extrême précision documentaire du bas-relief qui retrace la bataille de 1515 qui eut lieu près de Milan. Il détaille plusieurs épisodes : les préparatifs, le passage des Alpes et l’affrontement des armées. À la tête de l’armée française et des mercenaires allemands, François Ier en chevalier, reconnaissable à son monogramme F inscrit sur la selle de son cheval; à ses côtés, qui affronte une coalition regroupant l’armée pontificale et les Suisses.

A l’intérieur du tombeau, le couple royal est représenté à taille réelle avec un réalisme saisissant. François Ier mesurait près de deux mètres. Sur la plate-forme supérieure, les souverains agenouillés sont accompagnés de trois de leurs enfants. Ils expriment l’espoir en la Résurrection mais aussi le caractère familial du mausolée.

Dans l’abbaye de Hautes-Bruyères, près de Rambouillet, on inhuma le cœur et les viscères du roi. La pratique de l’éviscération perdurera au XVIe siècle. On renoue aussi avec cette pratique antique qui consistait à placer cœur et entrailles dans des urnes funéraires. Celle sculptée en marbre par Pierre Bontemps, aujourd’hui dans la basilique, célèbre un François Ier mécène et protecteur des artistes. Les décors à cartouches représentent l'Architecture, la Géométrie, la Sculpture et la Peinture. On y trouve aussi l’emblème du roi, la salamandre, symbole de courage et d'éternité.

 

Le tombeau de Catherine de Médicis

Henri II, roi de France (1518-1559), mari de Catherine de Médicis, mourut prématurément à la suite d’un tournoi qui eut lieu place des Tournelles à Paris, l’actuelle place des Vosges. La reine régna, à travers ses trois fils, pendant de nombreuses années sans jamais quitter ses habits noirs de deuil. A Saint-Denis, elle fit ériger au Nord de l’abbatiale une immense rotonde de 30 m de diamètre destinée à accueillir la sépulture de son mari et de sa famille, les Valois. Le plan de ce mausolée, imitant la forme circulaire des tombeaux antiques, est aujourd’hui restitué dans le jardin Pierre de Montreuil, jouxtant la basilique au Nord. Mais ce projet, mené en pleine guerre de Religion, ne sera jamais complètement achevé. Menaçant ruine, « la rotonde des Valois » est démolie au début du XVIIIe siècle, à la demande des religieux de l’abbaye.

Le tombeau d’Henri II et de Catherine de Médicis réalisé de 1560 à 1573, qui se trouvait au centre de la rotonde, est alors installé dans la basilique. Les plus grands artistes de la Renaissance ont participé à ce grand chantier, dont le Primatice, le sculpteur italien Ponce Jacquio et le français Germain Pilon. Cet ensemble monumental est animé par des marbres de différentes couleurs, une pratique directement inspirée du nouvel esprit italien. Ce qui retient le plus l’attention, ce sont les monumentales vertus de bronze aux quatre angles du tombeau, exemple frappant de l’art maniériste.

Une fois l’œuvre des sculpteurs achevée, Catherine de Médicis jugea son « transi » trop macabre et décharné ; elle le refusa et en fit sculpter un second que l’on peut voir à Saint-Denis. Le premier est présenté au musée du Louvre et tranche avec la sérénité de celui de Saint-Denis qui présente la reine dans un délicat sommeil. Celui-ci aurait été réalisé en s’inspirant d’une Vénus du musée des Offices de Florence.

Les deux gisants d’Henri II et de Catherine de Médicis situés dans une chapelle du chevet nord, sculptés en vêtement de sacre, ont les yeux grands ouverts et peuvent être interprétés comme une réplique en marbre des effigies funéraires au visage en cire, qui étaient réalisées lors des funérailles royales.

 

7 – Naissance de la ville de Saint-Denis

La ville de Saint-Denis s’est construite à l’ombre du monastère. Les faveurs royales, l’activité économique florissante, notamment grâce aux foires médiévales (la foire de Saint-Denis, la foire du Lendit et la foire de Saint Matthias), ont permis un développement riche et durable du bourg monastique, dès l’époque carolingienne. Pépin le Bref fit installer une première enceinte qui protégeait alors la ville dans un espace quasi circulaire. Au XIVe siècle, la ville se développe de manière considérable notamment vers l’Ouest. Une enceinte fortifiée enserre la ville dès le XVe siècle.

Au nord de l’abbatiale, un réseau de chapelles à destination funéraire commença à se constituer dès l’époque mérovingienne. Jusqu’aux destructions des Huguenots, ces églises devenues paroissiales, décrivaient un vaste demi-cercle qui bordait le cimetière. L’espace, aujourd’hui circonscrit par les grilles du jardin Pierre de Montreuil, délimite ainsi l’ancien espace monastique. Le cimetière, dans lequel les archéologues ont défini plus de 40 niveaux d’occupations depuis le VIe siècle, recèle plus de 20 000 sépultures !

À l’occasion de la création de la ZAC, dès 1974, au Nord de la cathédrale, des fouilles urbaines d’une importance considérable menées sous la direction de l’Unité d’archéologie de la ville de Saint-Denis ont totalement renouvelé la connaissance du site. Des milliers d’objets de toutes natures ont été découverts et sont encore aujourd’hui en cours d’étude et de publications.

La place située devant l’abbatiale, dénommée Pannetière au Moyen-Âge (l'endroit où l'on vendait le pain deux fois par semaine), a été depuis toujours un lieu d’échanges économiques florissants. Aujourd’hui encore une partie de l’immense marché de Saint-Denis, qui a lieu trois fois par semaine, y prend place, à l’endroit même où la foire du Lendit, dès le XVe siècle, s’était réinstallée pour fuir les zones d’insécurité du Lendit, à l’emplacement actuel du stade de France.

Au Sud de l’abbatiale, plusieurs campagnes de construction de bâtiments monastiques se sont succédées, notamment à partir du XIIe siècle. Plus de 150 moines dépendaient de l’abbaye. Au XVIIIe siècle, les bâtiments médiévaux ont été entièrement reconstruits sous la direction de Robert de Cotte pour être affectés, dès 1802 par Napoléon, à une Maison d’éducation de la Légion d’honneur. C’est encore aujourd’hui cette institution qui abrite une école pour 400 jeunes filles dont les parents ou grands-parents ont reçu la légion d’honneur ou l’ordre national du mérite. Ces bâtiments viennent de faire l’objet d’une restauration systématique, en particulier, les jardins du cloître.

La ville de Saint-Denis connaît actuellement un développement important. Dynamisée par le succès de la Coupe du monde de football de 1998, cette ville cosmopolite n’en finit pas de se transformer. La basilique constitue un axe incontournable, au cœur de la ville.

Cette présentation n'est qu'une première approche de l'histoire du monument, qui du fait de son importance considérable dans l'histoire européenne, a fait l'objet d'une immense bibliographie. Vous trouverez sur ce site quelques ouvrages de synthèse aux éditions du patrimoine.